Sexualité · Pratiques, imaginaires & accords
Dossier Fantasmes, accords et explorations
Pornographie dans le couple : ce qu'elle dit de celui qui regarde
« Comment tu peux regarder ça ? » « Je ne te suffis pas, c'est ça ? » « C'est dégueulasse, en fait. » Voilà ce qui sort le soir de la découverte. Pas les questions bien tournées.
Claire n'avait rien cherché. Un onglet resté ouvert sur la tablette du salon, un dimanche soir. Mehdi a dit qu'il allait tout expliquer, puis il n'a rien expliqué. Pendant trois semaines, ils ont vécu à côté d'un sujet que personne n'ouvrait.
Derrière chacune de ces phrases, une seule inquiétude : si tu regardes ça, alors qui es-tu ? C'est elle qui empoisonne les semaines suivantes, bien plus que les images. Celui qui a découvert cherche un sens. Celui qui a été découvert cherche à disparaître. Deux réponses toutes faites circulent, et aucune n'aide. La première fait de la pornographie une drogue et du spectateur un malade. La seconde en fait une banalité, et de l'inquiet un esprit rétrograde. Reprenons donc trois questions que l'on ne cesse de confondre : regarder, est-ce être dépendant ? ce qu'on regarde, est-ce que cela nous décrit ? et que fait-on, à deux, de ce qui a été découvert ?
Regarder n'est pas être dépendant
Cette distinction commande tout le reste. Une addiction n'est pas une habitude fréquente. C'est un mécanisme pulsionnel qui prend la main. La personne ne décide plus vraiment. Elle échoue à s'arrêter alors qu'elle le voudrait. Et quand le comportement n'est pas nourri, quelque chose se dérègle en elle : tension, irritabilité, mal-être diffus, pensée qui revient au même point. Le signe n'est ni le contenu ni la fréquence. Le signe est la place prise et le prix payé : le sommeil entamé, le travail qui trinque, l'intimité désertée, la vie qui s'organise autour.
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