Crises & séparations · Emprise & violences conjugales

Enfants exposés aux violences conjugales : témoins, jamais épargnés

Ce sujet revient dans l'actualité par la porte du budget. Le 26 août, sur franceinfo, Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, a assuré qu'il n'y aurait « pas d'économies faites sur le dos de la lutte contre les violences faites aux femmes ou faites aux enfants », en amont de la présentation du budget 2027 prévue fin septembre. La ministre a promis que les moyens de son ministère continueraient d'augmenter, au lendemain du lancement d'une campagne contre les violences sexistes et sexuelles sur les aires d'autoroute. C'est une déclaration d'intention budgétaire, pas encore un budget voté : on saura à l'automne ce que les chiffres confirment. Mais le fait que femmes et enfants soient nommés dans la même phrase mérite d'être souligné, parce qu'il rejoint une évolution profonde : l'enfant qui grandit au milieu des violences conjugales n'est plus considéré comme un simple spectateur. Il est reconnu comme une victime à part entière.

Par Laurent Huz · 26 août 2026 · 7 min Abonnés
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Enfants exposés aux violences conjugales : témoins, jamais épargnés
Même sans assister aux scènes, un enfant exposé aux violences conjugales perçoit la peur qui circule dans la maison.

C'est d'ailleurs ce que la recherche clinique montre depuis trente ans : voir, entendre, ou simplement sentir la peur dans la maison, cela fait quelque chose à un enfant.

Que perçoit un enfant quand ses parents croient qu'il dort ? Beaucoup d'adultes qui vivent ou ont vécu des violences dans leur couple se rassurent avec cette idée : « les enfants étaient dans leur chambre », « on faisait attention », « il ne s'est jamais rien passé devant eux ». Et beaucoup d'adultes qui ont grandi dans ces maisons racontent exactement l'inverse : ils se souviennent des voix étouffées derrière la porte, du bruit d'un objet, du silence anormal du lendemain matin. Un enfant n'a pas besoin d'assister à une scène pour vivre dans une maison où la peur circule.

Cet article s'adresse à celles et ceux qui vivent ou ont vécu ces situations, d'un côté ou de l'autre, et aussi à ceux qui se demandent, plus simplement, où passe la frontière entre un couple qui se dispute et un enfant en danger. Car cette frontière existe, et elle ne se trouve pas toujours là où on la cherche.

Le mot « témoin » est un mot trompeur

Dire d'un enfant qu'il est « témoin » des violences conjugales, c'est déjà se tromper de place. Un témoin regarde quelque chose qui ne le concerne pas ; il pourrait, en théorie, détourner les yeux. Un enfant ne le peut pas. Les personnes qui s'affrontent sont ses figures d'attachement, c'est-à-dire les personnes vers lesquelles il se tourne précisément quand il a peur. Quand la source de sa sécurité devient la source de sa peur, l'enfant se retrouve dans une impasse que les chercheurs de l'attachement ont bien décrite : il n'a nulle part où aller avec son alarme intérieure.

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Laurent Huz

Laurent Huz

Auteur, formateur, thérapeute de couple

Fondateur de Mon Couple Magazine. Thérapeute de couple et formateur, fondateur de Deux Mains Ensemble et de la méthode TCCI. Auteur d'« Au cœur du couple » (Dunod).

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